Les
Grands Causses : plateaux calcaires d'une altitude moyenne de
800 mètres couvrant environ 1/3 de la superficie du département.
Ils sont au nombre de 5 pour les plus importants :
Le Causse Comtal : le plus à l'Ouest avec son site
du trou de Bozouls.
Le Causse de Séverac : le plus civilisé, d'où
surgit comme une île Séverac le Château.
Le Causse Méjean : le plus élevé avec
le col de la Fageole à 1200m.
Le Causse Noir : le plus mystérieux, longtemps inexploré
et refuge de brigands, d'hérétiques, de loups et de
sorcières. Célèbre par son chaos de Montpellier-le-vieux,
lieu de tournage de nombreux films comme La Grande Vadrouille.
Le Causse du Larzac : le plus grand par sa superficie, le
plus légendaire avec la venue des Templiers et Hospitaliers,
le plus célèbre grâce à son fromage :
le Roquefort.
De
cette très simple définition géographique,
géologique ou historique, nous pouvons ajouter celle d'un
très célèbre guide touristique, que je ne nommerais
pas, et qui conseillait encore en 1977 aux voyageurs qui traversaient
la région des Causses, je cite " de quitter sans regret
ces paysages arides et monotones, pour redescendre vers des vallées
plus hospitalières ". J'espère que tel ne sera
pas le cas ce soir et que ce voyage à travers ces trois documentaires
vous donnera au contraire l'envie de découvrir cette région.
En
effet, en reprenant le slogan célèbre " sous
les pavés, le sable ", on peut dire ici " sous
les rochers, la vie, l'eau ". Nous n'allons pas ici vous parler
en experts, mais avec notre passion pour avoir vécu parmi
ces plateaux qui fournissent la vie à toute une économie
de notre département. Ces experts qui avaient conseillé
le ministre de l'armée des années 70 et qui déclaraient
ces terres incultes et seulement propres à un camp militaire
que les paysans d'abord et ensuite tout le département a
mis près de 10 ans pour empêcher l'extension. En effet,
depuis les années 1960, un vaste travail d'amélioration
de la race ovine, de méthode pour améliorer le rendement
agricole et d'organisation des secteurs de productions de fromage,
avaient redonné à cette région l'espoir qu'on
voulait alors lui retirer.
De son isolement et de l'incompréhension de sa situation,
l'Aveyron a su trouver une force de coalisation entre tous les représentants
économiques, politiques, religieux et associatifs pour réaliser
cette résistance pacifique, d'où ont émergé
des mouvements alors révolutionnaires, mais aujourd'hui bien
présents et indispensables à notre vie démocratique
et qui sont l'écologie, le pacifisme, le pouvoir associatif,
la lutte contre la mal-bouffe.
Les experts sont maintenant devenus plus prudents ou plutôt
plus discrets, plus lointain. Les dangers contre cet équilibre
fragile viennent petit à petit : sur taxation à l'importation
du fromage de Roquefort aux Etats-Unis, ce qui entraîne plusieurs
Millions de Francs de revenus en moins par an pour l'économie
locale, lutte permanente pour empêcher la suppression d'hôpitaux,
d'écoles. Actuellement, la région est en train de
se battre contre la délocalisation de la fabrication des
Bleus des Causses vers une autre région de France, où
le bleu deviendra plus bleu, où les Causses n'existent pas,
où le consommateur sera encore trompé.
Mais,
pour rester optimiste et pour l'anecdote, je voudrai vous signaler
qu'il reste des caves de Roquefort à acheter. Alors pourquoi
pas un jour, un Roquefort Kremer, Junker ou mieux Léa Linster.
Voir sur un plateau se marier Maria Grimal et Gabriel Coulet, c'est
bien, mais un Léa Linster avec un Claude Juncker
tout
ça avec un Pinot blanc bien sur Luxembourgeois.
C'est
grâce à la collaboration de quatre organismes Aveyronnais
que nous voulons essayer de vous montrer l'un des aspects du dynamisme
et de la force de ce département pour
- garder son histoire et patrimoine à travers le Conservatoire
du Larzac, Templier et Hospitalier,
- protéger et mettre en valeur avec le Parc Naturel Régional
des Grands Causses,
- faire découvrir le monde fabuleux des insectes à
Micropolis, et enfin adapter aux contraintes modernes la
production du fromage de Roquefort tout en sachant protéger
la qualité du produit et améliorer les conditions
de vie des producteurs de lait de brebis grâce à la
Confédération Générale des Producteurs
de Lait de Brebis et des Industriels de Roqueforts .
En 2004, le viaduc autoroutier le plus haut du France fera franchir
aux voyageurs encore de plus en plus vite ces vastes plateaux vers
des plaines
encore plus hospitalières. Les dimensions exceptionnelles
du grand viaduc de Millau, les choix esthétiques de l'architecte
Norman Foster mais aussi le décor naturel grandiose qu'offre
le sud de l'Aveyron au travers des gorges du Tarn sont autant d'atouts
qui contribueront à amplifier les attraits
touristiques de la région. L'Aveyron aura encore un autre
défit devant lui et c'est dès aujourd'hui que se met
en place ce dynamisme et équilibre entre tradition, culture,
nouvelle technologie, tourisme et agriculture raisonnable ou raisonnée.
Pour les Aveyronnais, les Grands Causses seront toujours là
pour nous rappeler la sagesse de l'éternité.
Qu'est-ce
que le parc naturel des grands causses ?
C'est
l'un des 38 parcs naturels régionaux créés
en 1967 afin de protéger le patrimoine et de promouvoir le
développement local. Celui des grands causses est constitué
de vastes plateaux calcaires situés sur la moitié
sud de l'Aveyron. Ils portent des noms plus ou moins connus : pays
millavois, Larzac, causse noir, causse de Sévérac
et recèlent des richesses importantes que ce soit sur la
plan naturel, culturel ou économique.
I)
La nature
Comme cela a déjà été dit dans l'introduction,
les grands causses sont de gigantesques plateaux calcaires proposant
des panoramas somptueux et des paysages variés : plateaux
secs et blancs sur le Larzac, rouges dans le pays de Camarès,
campagne verte et vallonnée dans sa partie septentrionale
autour de Sévérac-le-château, 3 rivières
Tarn, Jonte et Dourbie qui ont creusées au fil du temps des
gorges impressionnantes
Sous la surface, le karst (système d'érosion mécanique
et chimique provoqué par l'eau) a donné naissance
à un réseau complexe formé de grottes, de cavités
et de rivières souterraines qui fait le bonheur des spéléologues
mais surtout constitue une partie non négligeable des ressources
en eau de la région Midi-Pyrénées.
Bref des cadres magnifiques qui attirent chaque année plus
nombreux, les touristes amateur de belles natures et de randonnées.
II)
La culture
Mais ces touristes profiteront également d'un patrimoine
historique non négligeable:
La présence de nombreux menhirs atteste de la présence
de l'homme sur les grands causses dès l'époque paléolithique.
Le site archéologique gallo-romain de la Graufesenque près
de Millau rappelle que la région fut l'une des plus importantes
places industrielles de l'antiquité. En effet, elle approvisionnait
l'empire romain en vaisselle sigillée (terre cuite rouge).
Des vases furent retrouvées dans les ruines de Pompéi
et dans des épaves de bateaux au fond de la mer rouge.
Le moyen-âge a laissé églises romanes, châteaux
forts et villages fortifiés
Le Larzac, lieu de passage stratégique, à cette même
époque, a vu naître des places templières et
hospitalières (Sainte-Eulalie de Cernon, La couvertoirade)
Depuis maintenant 2 ans, suite au succès du film Microcosmos,
Micropolis, la cité des insectes, s'est installée
à Saint-Léons, patrie de l'entomologiste Jean-Henri
Fabre, et nous propose une découverte passionnante du monde
des insectes.
III)
L'économie
L'activité agricole numéro 1 est la production de
lait de brebis (168 millions de litres par an). Ceci pour satisfaire
les besoins d'un fromage mondialement connu : le Roquefort.
Les ganteries de Millau, se sont désormais spécialisées
dans la haute couture
Enfin, le tourisme vert se développe de plus en plus. En
effet, comment rester insensible aux qualités de cette région
: authenticité de la nature, lumière et étendue
des paysages, histoires riches et fécondes, gastronomie savoureuse
?
La
Légende du Roquefort
L'histoire se déroule en Aveyron dans la belle région
des Grands Causses.
Il était une fois
un jeune pâtre gardant son
troupeau près d'une grotte du Combalou, rocher qui domine
le village de Roquefort-sur-Soulzon. Se préparant à
prendre son repas, il aperçut au loin une charmante jeune
bergère. Fasciné par sa beauté, il décida
de la suivre, laissant à son chien le soin de veiller au
troupeau de brebis. Son maigre repas, composé de pain de
seigle et de caillé de brebis, resta caché dans une
petite grotte, bien au frais.
Quelques jours plus tard, il quitta son amoureuse de bergère
et revient garder son troupeau. Pris d'une faim subite, il se précipita
dans la petite grotte où il avait enfoui sa maigre pitance.
Curieusement, le pain de seigle s'était couvert de moisissure
et le caillé de brebis de marbrures vert bleues
Trop
affamé pour s'interroger, le berger dévora cet étrange
repas. Il trouva le fromage fort bon
Il fit connaître à d'autres pâtres le fruit de
sa découverte. C'est alors que plusieurs d'entre eux aménagèrent
des grottes près de celle de notre pâtre. Ils fermèrent
les issues par des cabanes en bois. Un nom qui restera puisque les
artisans des caves de Roquefort sont toujours appelés "
cabaniers "
Ainsi était né le Roquefort : une exquise alchimie
s'était produite entre l'air, le pain et l'uvre du
temps " fils de la montagne et du vent ". Depuis des siècles,
le berceau du Roquefort est resté au même endroit :
Roquefort-sur-Soulzon petit bourg situé en bordure du Causse
du Larzac, entre Millau et Saint-Affrique.
Aire
d'appellation
Dès le VIIIe siècle, le Roquefort est cité
dans de nombreux actes, donations, rentes, etc. concernant le Rouergue.
Charlemagne en avait fait son fromage favori. En 1411, une Charte
de Charles VI reconnaît la nécessité vitale
de défendre le Roquefort " en un pays ou ne pousse ni
pied de vigne, ni grain de blé ", et en 1666, un arrêt
du Parlement de Toulouse concède aux habitants de Roquefort
" le monopole de l'affinage du fromage tel qu'il est pratiqué
de temps immémorial dans les grottes dudit village ".
Malgré la Révolution, les privilèges accordés
à Roquefort sont maintenus par la Convention qui décide
que " ne sera Roquefort que ce qui sortira des caves de Roquefort
".
C'est au sein d'un immense éboulis rocheux en bordure des
Grands Causses, sous le plateau du Combalou, que les caves de Roquefort
ont été aménagées. L'air humide, provenant
des entrailles de la montagne, y pénètre par de longues
failles appelées " fleurines ".
Là s'accomplit un miracle de la nature qui donne au Roquefort
sa saveur incomparable.
Si l'affinage se fait uniquement à Roquefort, le lait nécessaire
à la production du fromage est collecté dans une zone
s'étendant sur le département de l'Aveyron et les
départements limitrophes du Tarn, de la Lozère, mais
aussi le Gard, l'Hérault et l'Aude. Cette Zone est appelé
le "rayon de Roquefort".
La Confédération
Les hommes de Roquefort ont travaillé avec persévérance
à perfectionner la qualité de leur fromage, développer
sa notoriété, promouvoir sa production et défendre
son appellation.
En 1930, ces efforts ont abouti à la création d'une
interprofession destinée à institutionnaliser ces
principes et à régir, dans une convention collective
encore en vigueur aujourd'hui, les structures propres à assurer
leur application.
Cette association originale, au sein de laquelle coopèrent
producteurs de laits de brebis et fabricants de fromage, est restée
un exemple de système interprofessionnel qui a réussi
à organiser un marché.
L'un des premier résultats a consisté à intéresser
directement le producteur de lait au prix du produit fini. C'était
assurer la prospérité solidaire des agriculteurs et
des industriels et marquer indissolublement l'interdépendance
de leurs activités.
L'appellation d'origine Roquefort est reconnue et protégée
dans de nombreux pays étrangers par des textes législatifs
et des traités de commerce. Ainsi (en 1930), la Confédération
Générale des Producteurs de Laits de Brebis et des
Industriels de Roquefort a crée une marque collective, "le
label de la Brebis Rouge ", pour signifier aux consommateurs
que tous les contrôles d'origine et de qualité, et
plus spécialement les conditions prévues pour l'emploi
de l'appellation d'origine "Roquefort " ont été
rigoureusement observées.
La Confédération a pour objectif générale
l'étude et la défense des intérêts économiques
communs aux Eleveurs de brebis et aux Fabricants de Roquefort, et
notamment :
1°)- De régulariser les rapports et de resserrer les
liens de collaboration entre Producteurs et Industriels ;
2°)- D'organiser et de promouvoir un service commun de la répression
des fraudes, sous un budget unique ;
3°)- De rechercher et de mettre en uvre les mesures nécessaires
à la protection de l'appellation "Roquefort " ;
4°)- De régulariser et d'assainir le marché d'achat
du lait et plus particulièrement de fixer les règles
devant servir de base à la détermination du prix du
lait ;
L'Art
du Fromager
Le
Roquefort, fabriqué exclusivement à partir de lait
de brebis, cru et entier, est un fromage à pâte persillée,
en forme de cylindre d'une dizaine de centimètres d'épaisseur
et dont le poids varie entre 2,5 et 2,9 kg. Il contient au moins
52% de matière grasse et se présente dans un emballage
de papier d'aluminium portant l'appellation " Roquefort ",
accompagnée du sigle " AOC " et de la marque confédérale
de la " Brebis Rouge ".
Le Roquefort respecte des méthodes immuables. Chaque jour,
pendant deux cents jours, de décembre à fin juin,
les brebis sont traites matin et soir. Dans son arrivée en
fromagerie, le lait peut être chauffé à 32°
C environ. Il est ensemencé de pores de penicillium roqueforti
avant l'ajout de la présure. Après deux heures, aidé
d'un outil de découpe en forme de lyre, le fromager rompt
la masse du caillé afin d'obtenir des petits cubes équilibrés.
Il s'en suit le brassage, le pré-égouttage sans pressage,
qui précède la mise en moule. Le caillé devient
alors un pain de roquefort. Pendant plusieurs jours au repos dans
une salle d'égouttage à 18° C, les pains sont
plusieurs fois retournés, marqués en creux et envoyés
au saloir. A cet instant, toujours dans les moules, intervient pendant
5 jours, le salage à sec, entrecoupé de différents
retournements. Les petites fourmes sont alors prêtes pour
le départ vers les fleurines de Roquefort. Le piquage, destiné
à aérer la pâte, est réalisé en
cave ou en laiterie.
Il
est important de noter que les poudres et cultures de penicillium
roqueforti utilisées doivent être réparées
en France à partir de souches traditionnelles existant dans
le micro-climat des caves naturelles de la zone délimitée
de Roquefort.
L'Art
de l'Affineur
L'affinage
dure au moins 3 mois. La température des caves de Roquefort
est constante, entre 7-8° C. Elles sont enserrées entre
des parois rocheuses, recouvertes d'une flore microscopique de Penicillium
Roqueforti, essentielle pour l'affinage du fromage. Les fromages
sont exposés à nu, pendant au moins 2 semaines de
la période d'affinage. Une maturation lente sous emballage
protecteur se poursuit dans des caves à température
dirigée.
Il faut lui éviter les variations trop brusques de température.
Le morceau destiné au plateau de fromages sera chambré,
comme un grand vin, une heure au moins avant le repas.
Le Roquefort entre aussi dans des préparations culinaires
: canapés, salades, soufflés, feuilletés, etc...
Il s'accompagne habituellement de vin rouge fort en caractère
tel que le Marcillac, ou bien de vins liquoreux, Sauternes, Jurançon
ou de vins doux naturels, Maury, Rivesaltes ou Porto.
Roquefort
Il
y a, à la fois du mystère et du miracle. Difficile
d'imaginer un site perdu, au paysage et au climat peu encourageant,
inaccessible et loin des grandes villes. A Roquefort, deux mythes
ont vu le jour : le fromage et la magie du fromage. Comment imaginer
qu'un tel bonheur pouvait naître d'un énorme éboulis
rocailleux. Qui aurait pu penser qu'il a fallu qu'une montagne s'écroule
pour que la vie jaillisse?